Boudhanath – Tourner au plus profond de soi

Boudhanath. Un nom destiné à m’attirer.
Où mon séjour au Népal a commencé et s’est terminé.
Une spiritualité qui m’a transporté au plus profond de moi-même.
Un lieu où je me suis sentie en pleine mutation.

Boudhanath, ou Bauddha comme l’appelle les népalais est un important sanctuaire bouddhiste au coeur d’un pays majoritairement hindou.
Plus de 10 000 Tibétains ont trouvé refuge dans cette région depuis l’exil du 14e Dalaï Lama en Inde en 1959.

La ville est réputée pour son énorme stupa considéré comme étant l’un des plus grands au monde. Vue du ciel, la structure représente un énorme mandala. De chaque côté de la tour sont peints les yeux de Bouddha. C’est le regard de la sagesse qui voit tout et qui sait tout. La forme pyramidale du haut de la tour représente le chemin vers l’éveil.

 

La stupa de Boudhanath en rénovation
À mon arrivée, le stupa était encore en rénovation depuis le tremblement de terre de 2015

 

Boudhanath stupa
Le stupa à son plus beau lors des cérémonies de purification avant sa réouverture officielle

 

La légende du stupa

Il existe plusieurs histoires et légendes concernant la construction du stupa. La plus populaire raconte qu’une pauvre veuve gardienne de volaille avait l’intention de construire un monument pour rendre hommage au Bouddha en utilisant ces maigres économies. Elle alla voir le roi pour lui demander sa permission qui, étonnamment, accepta à condition que le terrain ne dépasse pas la taille de la peau d’une vache. Ingénieuse, la femme coupa la peau de la vache en fines lanières qu’elle disposa d’un bout à l’autre pour former une énorme circonférence. Son ambition créa beaucoup de jalousie au sein de la communauté qui demanda au roi d’arrêter les travaux. Le roi refusa prétextant qu’il ne pouvait pas revenir sur sa parole. La femme mourra avant la fin des travaux qui furent complétés par ses quatre garçons.

Un lieu spirituellement fascinant

En arrivant et en quittant le site, il est de coutume de formuler une prière en adressant ses voeux au stupa. Il est dit que le lieu est si puissant que quiconque y émet ses voeux les vera se réaliser, surtout lors d’une première visite.

Après avoir admiré un instant l’imposant monument en faisant ma prière, c’est l’ambiance qui captive tous mes sens. Une forte odeur d’encens brûle. Par un geste de mains, les gens s’enveloppent de la fumée de l’encens pour se purifier. Des troupeaux de pigeons font leur envolée. Des fidèles font tinter l’immense cloche.

Aperçu sur le monastère qui fait face au stupa, Boudhanath
Aperçu sur le monastère qui fait face au stupa de Boudhanath

 

Grande cloche sur la place du stupa, Boudhanath
Grande cloche sur la place du stupa

 

Devant l'entrée principale du stupa qui était encore en rénovation sur cette photo, Boudhanath
Devant l’entrée principale du stupa qui était encore en rénovation sur cette photo

 

Jamais je n’avais vu un endroit religieux rempli d’une telle dévotion.
Jamais je n’avais vu des gens priés avec une telle ferveur.

Les fidèles viennent munis de leur mala à la main gauche, ce chapelet de 108 billes utilisé par les bouddhistes et les hindous pour réciter des mantras, ces phrases sacrées dotées d’un pouvoir spirituel.

Femmes et leur mala autour du stupa de Boudhanath
Femmes et leur mala autour du stupa de Boudhanath

 

Le rituel consiste à marcher autour du stupa dans le sens des aiguilles d’une montre en récitant, 108 fois ou plus, un mantra en égrenant le mala pour garder le décompte.

Autour du stupa de Boudhanath
Autour du stupa de Boudhanath

 

À voir les dames âgées prier avec leur mala, j’ai revu ma grand-maman en train de réciter son chapelet pour le bien-être de toute sa famille.

Animation autour du stupa lors des cérémonies de purification du stupa de Boudhanath
Animation autour du stupa lors des cérémonies de purification du stupa

 

Certains tibétains vont faire le tour du stupa en faisant des prosternations complètes, c’est-à-dire qu’ils vont se mettre à genoux pour ensuite s’allonger complètement sur le sol, et ce, à répétition jusqu’au nombre de tours du stupa désiré. Un geste qui leur permet de gagner plus de mérite.

Les moulins à prière

Autour du stupa se trouvent des moulins à prière que l’on fait tourner de la main droite dans le sens des aiguilles d’une montre. Sur ces roues sont gravées le précieux mantra “Om Mani Padme Hum” et à l’intérieur se trouvent les mêmes syllables écrites des milliers de fois sur des bouts de papier. Il est dit que l’acte de tourner les moulins à prière apporte une grande purification et donne le même mérite que de l’avoir récité autant de fois qu’il est écrit sur le papier à l’intérieur.

Moulin à prière à l'entrée du stupa de Boudhanath
Moulin à prière à l’entrée du stupa de Boudhanath

 

Des bandes de tissus blancs et des foulards tibétains sont attachés ici et là près des moulins à prière. Ces foulards sont un signe de bénédiction et sont aussi remis aux gens en guise de protection.

Au-dessus de cette énorme circonférence flottent une abondance de drapeaux de prières tibétains et bouddhistes qui donnent un esprit festif à ce lieu sacré.

moulins à prière, foulards tibétains et drapeaux de prière autour du stupa de Boudhanath
Petits moulins à prière, foulards tibétains et drapeaux de prière autour du stupa de Boudhanath spécialement décoré à la vieille de son inauguration officielle depuis le tremblement de terre

 

Les drapeaux de prière

Une série de drapeaux de prière est composée de cinq couleurs, une pour chaque élément de la Terre.

  • Bleu: le ciel
  • Blanc: l’air
  • Rouge: le feu
  • Vert: l’eau
  • Jaune: la terre

Au centre du drapeau est imprimé le “cheval du vent” qui symbolise le bien-être et la bonne fortune.

Autour est écrit plusieurs fois le mantra de la grande compassion, “Om Mani Padme Hum”, très précieux aux yeux des Tibétains et Népalais.

Les drapeaux de prière apportent paix, prospérité, chance, compassion, bonheur, santé et victoire sur les obstacles. Il s’agit d’une bénédiction offerte par le souffle de la nature.

Bouddhisme Mahayana

C’était la première fois que j’étais exposée à cette branche du bouddhisme pratiquée au Népal, Tibet, Chine, Mongolie et Japon notamment. Les monastères sont si colorés et bien différents des temples bouddhistes visités dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est.

Monastère dans la ville de Lumbini
Monastère dans une autre ville, Lumbini, le lieu de naissance du Buddha

 

Les peintures des divinités (Bodhisattva) sont magnifiques et celles des mandalas envoûtantes. Peintures qui se retrouvent autant dans les monastères que dans les boutiques, tout comme le portrait du 14e Dalai Lama d’ailleurs.

La fameuse roue de la vie peinte sur chaque mur des temples
La fameuse roue de la vie peinte sur le mur des monastères bouddhistes

 

Célèbre mandala peint selon le modèle dessiné par le 14e Dalai Lama
Célèbre mandala peint selon le modèle dessiné par le 14e Dalai Lama

Le mérite

Le mérite est un concept clé dans l’hindouisme et le bouddhisme. En faisant de bonnes actions une personne nourrit un bon karma. L’accumulation de mérite vise à améliorer la qualité et les circonstances de ses prochaines vies pour se libérer de la souffrance du cycle de la réincarnation et ultimement atteindre l’éveil. Plus qu’un concept, c’est leur mode de vie.

Ce qui explique bien des choses. Les vendeurs de maïs donnent l’occasion aux pèlerins d’acheter des grains pour nourrir les pigeons et ainsi nourrir leur bon karma.

Vendeurs de maïs et pigeons sur la place du stupa, Boudhanath
Vendeurs de maïs et pigeons sur la place du stupa

 

Les mendiants espèrent compter sur les bonnes actions des visiteurs pour récolter quelques sous. Des moines bien emmitouflés sont assis sur le sol avec leur petit carnet de prière prêts à offrir leurs bénédictions en échange de dons.

Moines ascètes autour du stupa de Boudhanath
Moines ascètes autour du stupa de Boudhanath

 

Ainsi tourne la roue de la vie, la roue de l’existence karmique selon les bouddhistes.

Le soir venu, de nombreuses tables sont installées avec des centaines de lampions qui attendent d’être allumés pour faire briller les voeux des passants. La lueur des lampions embrasse parfaitement la tranquillité du lieu. Mais il y a ce froid qui me ramène de mes rêveries…

Lueur des lampions un soir autour du stupa de Boudhanath
Lueur des lampions un soir autour du stupa

 

Pommes jaunes et rencontres mémorables

Une marche matinale dans les petites rues avoisinantes me plongeait tout autant dans un état d’introspection. Une de mes habitudes était d’acheter des pommes jaunes, une autre chose qui me rappelle ma grand-maman qui en avait souvent dans son bol de fruits. J’aimais regarder ce mélange fascinant entre commerçants hindous et moines bouddhistes qui caractérise cette région.

paysage matinal d'une petite rue de Boudhanath
Paysage matinal d’une petite rue de Boudhanath

 

Un après-midi, pendant que j’écoutais intriguée la prière des moines dans l’embrasure de la porte du monastère, l’un d’eux m’a fait signe d’entrer et de m’asseoir derrière lui. Après le cérémonial, il m’a fait visiter les environs du stupa en me parlant du Népal et de la reconstruction du stupa qui était en cours à ce moment. J’ai senti qu’il a su lire mon ouverture et mon intérêt envers sa religion, mais aussi qu’il avait envie de me tenir compagnie tout simplement. Ça m’a touché.

Avec un moine népalais fort sympathique, Boudhanath
Avec un moine népalais fort sympathique

 

Un ami Brian m’a présenté à Rinkuram, un cordonnier qui accueille avec une telle candeur ses amis et clients dans son petit carré de rue. J’ai découvert un homme d’une profonde sagesse. Assis tous les deux dans la rue sous le regard curieux des passants,  sa présence comme son discours sur la vie m’apaisaient.

Rinkuram le cordonnier au grand coeur
Rinkuram le cordonnier au grand coeur

 

Son histoire m’a touchée pour ne pas dire bouleversée.
Comme le veut la coutume, son mariage a été arrangé par ses parents. Après avoir été présenté à sa future femme, ses parents ont voulu reculer pensant que ça serait peut-être trop difficile pour lui. Rinkuram se déplace en béquille à cause d’un handicap à une jambe. Sa future femme est aveugle. Il leur a dit, “vous l’avez choisi pour moi, tel est mon destin, c’est elle que je vais épouser.” Il est maintenant marié depuis 7 ans, il a 28 ans, et trois beaux enfants qui aident leur maman à la maison. Il me parlait de sa femme avec tellement d’amour. Je ne l’ai pas rencontré. Cet homme m’a profondément inspiré par sa façon de voir la vie avec autant de positivisme, de gratitude et de gaieté. Une âme exemplaire qui lui assurera une bonne prochaine vie, j’en suis convaincue.

Avant de partir il m’a offert ses bénédictions avec un de ces foulards blancs tibétains. Je l’ai porté tout le long du voyage de retour jusqu’à Bali. Quand il voyait un avion traverser le ciel, il me disait: C’est mon rêve de prendre l’avion un jour! Il ne me le disait pas par envie ou tristesse, mais avec un de ces plus beaux sourires les yeux remplis d’espoir.

Tout comme l’énergie du stupa, cette rencontre a fait rejaillir tout pleins de choses qui tournaient en rond en-dedans de moi. Vous savez quand vous écouter quelqu’un parler et que son histoire quoique différente de la vôtre vous touche au point de comprendre avec un nouveau regard certains de vos comportements et autres parcelles de votre vie?

Avec Rinkuram à Boudhanath
Avec Rinkuram

 

Tourner en rond

Oui, même en empruntant physiquement des chemins différents, j’ai parfois le sentiment de tourner en rond, tout comme vous peut-être? Le contexte religieux de Boudhanath avec toutes ces notions de cercles, de cycles et de roues a amplifié ce sentiment.

De marcher autour du stupa m’a fait cheminer tout comme mes conversations avec Brian et Rinkuram.  Cheminer sur la richesse de ma vie et ses multiples aspects que j’oublie de voir par moment.

C’est dans ces moments qu’il est bon de descendre un peu plus profond de soi pour découvrir des couches encore jamais observées.

Au monastère de Shechen autour d'un moulin à prière, Boudhanath
Au monastère de Shechen autour d’un moulin à prière

 

Bonheur et sérénité,

Nathalie

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