Champs de riz à la tombée du jour, Bali

Nyepi à Bali – Le seul endroit au monde qui célèbre son Nouvel An dans le silence et l’interdiction de sortir pendant 24h

Préambule

Cette histoire aurait pu s’appeler l’heure du conte de Nyepi. En l’écrivant, je m’imaginais assise devant vous avec un grand livre cartonné rempli d’images dont celles des balinais dans leurs plus beaux habits et des ogoh-ogoh, ces monstres fabriqués pour exorciser l’île des mauvais esprits la veille du Nouvel An balinais.

Une histoire racontée sous forme de conte, mais basée sur une histoire vraie!

ogoh-ogoh dans un village de Ubud
ogoh-ogoh dans un village de Ubud

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Il était une fois l’île des Dieux

Il était une fois une toute petite île située dans l’archipel de l’Indonésie appelée Bali. Les Dieux l’avaient récompensée d’une nature luxuriante et abondante, de frangipaniers bien parfumés, de rizières, d’arbres à fruits exotiques et de cocotiers; de l’eau en abondance avec six mois de pluie par année et des journées parfaitement équilibrées entre douze heures de lumière et douze heures de noirceur.

Champs de riz à la tombée du jour, Bali

En échange de toute cette richesse, les habitants vouaient une dévotion exemplaire aux Dieux et à leurs ancêtres, ainsi qu’à la nature. Ils comprenaient que leur rôle sur cette terre appelée l’île des Dieux, ou encore l’île au millier de temples, était de maintenir l’harmonie entre les forces du bien et du mal par le biais de nombreux rituels et cérémonies des plus fascinants.

offrandes balinaises

Nyepi ou le jour de silence était l’une de ces cérémonies. Dans la langue du pays, le mot “sepi” signifiait tranquillité, silence. Cette fête était célébrée le jour suivant la nouvelle lune de l’équinoxe du printemps. Nyepi marquait le début du nouvel an balinais. Les habitants utilisaient un calendrier fort complexe de douze mois lunaires dont chaque mois était composé de 30 jours. Leur ère hindoue Saka ayant débuté 78 ans après notre ère, ce jour-là, les Balinais s’apprêtaient à célébrer l’arrivée de l’année 1939.

Purification

Trois jours précédents Nyepi, les cérémonies de purification débutaient. Cette tradition appelée melasti permettait aux gens de se libérer de leurs péchés et mauvaises pensées en les jetant à la mer, rivière ou autre source d’eau près de leur village. À leurs yeux, l’eau était reconnue pour son pouvoir de purifier tous les éléments de l’univers.

Les hommes, principalement vêtus de blanc, la couleur de la pureté, marchaient dans la rue en tenant dans leurs bras ou par la main leurs enfants. Le captivant son du gamelan jouait en arrière plan par un groupe de jeunes hommes équipés de leur xylophone, flûte de bambou et percussions.

Procession jour de Melasti, purification à Bali

Les femmes défilaient fièrement dans leur haut dentelé, un ruban noué à la taille et leur sarong coloré.

Procession jour de Melasti avant Nyepi dans le village de Penestanan, Bali

Certaines portaient sur leur tête de grands paniers d’offrandes pendant que d’autres tenaient un long tissu blanc symbole de tapis qui était déroulé pour accueillir les Dieux.

Procession jour de melasti, de purification avant Nyepi, village de Penestanan, Bali

Les pecalang, les policiers du village, facilement identifiables avec leur chandail rouge et sarong à carreaux noir et blanc, veillaient au bon déroulement et à la gestion du traffic qui était congestionné par la procession.

 

La nature collaborait aussi au rituel en apportant de fortes pluies pendant la nuit et en début de matinée. Un signe de bonne augure, disaient-ils.

Exorcisme

La veille de Nyepi, une toute autre ambiance régnait. Un air festif, de carnaval, prenait place dans les différents villages. Des monstres géants aux allures démoniaques dressés sur un palanquin de bambou attendaient de prendre vie. Ces créatures de cinq mètres de haut étaient fabriquées de papier-mâché et styromousse était le résultat de plusieurs semaines de travail créatif.

Un des Ogoh-ogoh, vieille de Nyepi, Bali

Le soleil couché, le gamelan s’est mis à jouer ses premières notes digne d’une fanfare. La foule était ravie de voir les monstres s’animer. Les lampadaires dans les rues étaient tous éteints. Le défilé pouvait commencer.

De jeunes filles ouvrèrent la cérémonie avec des torches de bambou.

Parade de Ogoh-Ogoh, veille de Nyepi, Bali

Derrière elles, cinq ou six groupes de très jeunes garçons et adolescents portaient fièrement à bout de bras leur monstre, appelé ogoh-ogoh.

Ogoh-Ogoh veille de Nyepi, Penestanan, Bali

 

Ogoh-Ogoh veille de Nyepi, Penestanan, Bali
Ogoh-Ogoh veille de Nyepi, Penestanan, Bali

 

Ogoh-Ogoh veille de Nyepi, Penestanan, Bali

Ces effrayantes créatures défilaient dans les rues pour chasser les mauvais esprits qui rôdaient dans le village. À chaque intersection du village, les ogoh-ogoh tournaient trois fois pour éloigner les esprits malfaisants qui s’y cachaient afin qu’ils cessent de perturber les habitants. Des feux d’artifice explosaient dans le ciel pour le bonheur des enfants et le malheur des esprits pernicieux.

Ogoh-Ogoh veille de Nyepi, Penestanan, Bali

 

À la fin de la soirée, certains ogoh-ogoh étaient nettoyés par le prêtre pour retirer les mauvaises énergies accumulées au cours de la soirée, puis conservés dans un endroit spécial au village, tandis que d’autres étaient brûlés.

Nyepi – journée de refuge et d’introspection

À 6 heures du matin, une cloche sonna. C’était le début du jour du silence. Presque aucun son humain n’était perceptible. Il n’y avait aucune moto ni voiture dans les rues. Même l’aéroport international, le seul de l’île, cessait ses activités pendant 24 heures.

Tout était fermé, y compris les marchés du matin essentiel au quotidien des Balinais. Les rues étaient vides de toute vie humaine, sauf pour les pecalang en service qui devaient se promener dans les rues pour s’assurer que tout le monde demeurait bien à l’intérieur. Il y avait certaines exceptions, notamment pour les gens qui travaillaient à l’hôpital ou dans les hôtels. Ces gens avaient en mains un papier de la police les autorisant de sortir.

Quatre règles principales devaient être appliquées.

Il était interdit de:

  • Allumer un feu ou toute flamme (pas de cuisson). La lumière devait être inexistante ou réduite à son maximum. (Temps idéal pour éteindre la télévision, cellulaire et ordinateur.)
  • Sortir dans la rue et voyager
  • Faire beaucoup de bruit
  • Pratiquer un sport et travailler

C’était un jour propice à l’introspection, la méditation et le jeûne pour certains. Une journée pour se retirer du rythme rapide de la vie quotidienne.

Mala & frangipani

La raison derrière ce jour de silence était aussi spirituelle que les hindous à Bali. Maintenant que l’île était purifiée, les Balinais voulaient tromper les mauvais esprits en les empêchant de revenir. Le meilleur moyen était de prétendre que l’île était inhabitée. Pour ce faire, Bali devait être dépourvue de toutes activités pendant 24 heures.

Un silence presque parfait

Bien sûr, la nature poursuivait son rythme. Les oiseaux, les coqs, les poules, les grenouilles et les chiens brisaient parfois le vœu de silence, de même que quelques touristes qui se faisaient entendre, des cris de bébés, des enfants qui se chamaillaient, d’autres qui profitaient de leur piscine … Le silence n’était pas parfait, mais demeurait prédominant et la pollution suspendue.

La nuit venue, il faisait si noir! Il n’y avait presque pas de lumières pour rivaliser avec le ciel, pas même la lune qui était dans sa phase nouvelle, noire. Les étoiles brillaient par millier comme des étincelles. C’est à ce moment que le silence a pris tout son sens. Un silence dense, complet, magique, ensorcelant. Un moment envoûtant à l’image de toutes les cérémonies hindoues balinaises.

Le lendemain matin à 6 heures, la cloche retentit à nouveau … doucement le silence commençait à se dissiper, le quotidien effréné pouvait reprendre. Les Balinais se préparaient déjà pour leur prochaine grande cérémonie en l’honneur de leurs ancêtres dans quelques jours.

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Sur une touche plus personnelle

Nyepi est une fête hindoue reconnue comme fête nationale en Indonésie, mais célébrée principalement à Bali. Sur l’île de Bali, les résidents non hindous et les touristes ne sont pas exempts des quatre restrictions mentionnées ci-dessus, mais les touristes sont plus libres de faire ce qu’ils veulent à l’intérieur de leur hôtel. Maintenant, plusieurs hôtels proposent des forfaits pour chasser l’ennui de leurs clients en ce jour «où il n’y a rien à faire.» Cette “récente” réalité due à la business du tourisme, je la trouve particulièrement malheureuse pour les Balinais qui ont à travailler au cours de cette importante journée de purification.

C’était mon premier jour de l’an balinais. J’étais très contente de vivre cette journée spéciale à la maison en me reposant, méditant, écrivant dans mon journal, lisant et jeûnant sur l’eau de coco et fruits. La meilleure partie de cette journée a été sans aucun doute le moment où je me suis allongée sur mon balcon pour regarder un petit coin du ciel noir rempli d’un nombre incalculable d’étoiles des plus lumineuses!

Une île qui attire plus de 30 000 touristes par jour en plus de ses 4 225 millions d’habitants et qui réussit à cacher tout ce monde pour une journée est assez surréaliste et extraordinaire. Une manière très ingénieuse de laisser les mauvais esprits croire qu’il ne vaut pas la peine de s’attarder sur cette île et de laisser ses habitants tranquilles pendant une autre année.

Bonheur et sérénité,
Nathalie

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  • Kim Fontaine

    Très impressionnant ces monstres géants! Une belle histoire et je t’imagine parfaitement contempler le ciel noir! Bises xxx

    • http://www.rayofnath.com Nathalie

      Mets-en qu’ils sont impressionnants et effrayants… c’est leur rôle! Et les gens prennent les ogoh-ogoh très au sérieux dans leurs pouvoirs de chasser les mauvais esprits… Gros hug xx

  • http://www.mplamondon.com/ Marie-Eve Plamondon

    Super intéressant.

    • http://www.rayofnath.com Nathalie

      Merci Marie-Ève!
      Oui, les Balinais Hindus ont une culture riche et complètement fascinante – surtout quand on commence à la connaître davantage.