Regard d’une femme au Sri Lanka

En ce mois de la Journée internationale de la Femme

Après avoir été dans une énergie étincelante à la suite d’une retraite de méditation, de yoga et un jeûne au Cambodge, j’ai vite constaté que mon énergie n’était pas du tout la même quelques  jours après mon arrivée au Sri Lanka. Le pays n’arrivait pas à me séduire et le regard perçant des sri lankais me rendait inconfortable.

Train au Sri Lanka

Pour la première fois, je ne me sentais pas à ma place. L’énergie du pays ne vibrait pas avec la mienne. Comme j’allais vivre dans ce pays pour deux mois, je devais prendre mon mal en patience comme on dit… Ou plutôt, je devais changer mon énergie. Ça m’a pris un mois. Un mois à accuser le pays de ma mauvaise humeur et de ma fatigue.

Un après-midi à la plage, j’ai pensé faire appel au pouvoir purificateur de la mer pour me libérer de cette mauvaise énergie qui me collait à la peau. Dans l’eau, je me suis visualisée comme un serpent qui mue. Je devais quitter cette enveloppe d’énergie négative qui m’étouffait pour la remplacer par une énergie nouvelle et plus grande pour pouvoir grandir. Et à partir de ce moment, j’ai arrêté de dire que je n’aimais pas le Sri Lanka.

“You know great things are coming when everything seems to be going wrong. Old energy is clearing out for new energy to enter. Be patient!”

Plage de Mirissa

Mon énergie s’est nettement améliorée de même que ma perception du pays, mais j’avais besoin de plus de temps pour vous parler du Sri Lanka. Et voilà qu’au moment d’écrire cet article, j’ai appris le décès de ma grand-maman pour qui mon coeur s’est empressé de lui rendre un hommage publié ici.

C’est donc à la veille de mon départ, deux mois après mon arrivée, que je vous livre enfin le premier de deux articles sur ce pays difficile à cerner que je me surprends aujourd’hui à aimer.

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Un peu d’histoire en guise d’intro
Le pays vit de profonds changements. Il se remet tranquillement d’une guerre civile (1983-2009) qui opposa le gouvernement sri lankais dominé par la majorité cinghalaise bouddhiste aux Tigres de libération de l’Îlam tamoul (LTTE), organisation séparatiste luttant pour la création d’un État indépendant où vivent la majorité des Tamouls (dans l’est et au nord du pays). La guerre aurait causé la mort de plus de 70 000 personnes et 140 000 personnes seraient portées disparues. Les tamouls auraient bénéficié d’un traitement de faveur de la part des britanniques pendant la colonisation, ce qui a déclenché des rivalités entres les deux communautés. Ce sont les britanniques qui ont introduit la culture du thé et le réseau ferroviaire au pays qui s’appelait autrefois Ceylon. Pendant la guerre civile, le pays a aussi été durement touché par le tsunami de 2004.

Les relations homme-femme
Ce que je recherche d’abord et avant tout dans mes voyages est un contact facile, chaleureux et invitant avec les habitants du pays. À mon arrivée, la première chose que j’ai remarquée est cette façon dont les hommes déshabillent les femmes du regard. Surtout la femme qui voyage seule (des femmes en couple m’ont aussi dit avoir senti le même inconfort). Un regard noir, profond, intimidant, nonchalant ou souriant, selon votre énergie.

L’attitude des hommes dans la rue est parfois difficile à cerner entre gentillesse, curiosité ou harcèlement (même habillée très correctement).

Il y a la gentillesse du vieux marchand qui te dit de faire attention aux chauffeurs de tuk tuk et à ton argent ou le jeune homme qui te donne des bananes et te fait goûter plein de fruits avec son sourire sincère et attachant.

Bananes au Sri Lanka

Il y a la curiosité des hommes qui te croisent dans la rue qui s’empressent de te demander toujours les mêmes questions:  “Where are you from Madam?” – “Canada” – “Ohhh, beautiful country”. Le Canada suscite beaucoup de respect et d’admiration. Et en passant, de plus en plus de voyageurs me parlent de notre “super star” de premier ministre!

Certains jeunes hommes (et moins jeunes) poursuivront leurs questions en demandant “Are you married?”, “Are you alone?”, “Children?” “Do you like Sri Lanka (n) – men?”, suivi des fois du “I like you”, Facebook? Local number? Je crois que le speed dating a été inventé par les Sri Lankais. Ils ne perdent pas de temps. Quand ça demeure respectueux, j’en ris, ça va.

Certains locaux y voient une façon de pratiquer leur anglais, s’ouvrir sur le monde, savoir qui visite leur pays.

Mais il y a aussi les histoires déstabilisantes de chauffeurs de tuk tuk aux désirs refoulés qui se masturbent en regardant dans le rétroviseur les clientes assises sur la banquette arrière. Celle d’un employé d’un guesthouse qui te demande s’il peut dormir dans ta chambre puisque l’établissement est complet et qu’il n’a pas de place où dormir. Ou encore le moment où un très jeune homme en moto ralentit à tes côtés pour te montrer avec acharnement un film porno sur son téléphone en essayant de te demander dans un anglais très limité “if you like”… On m’a raconté que les hommes regardent beaucoup de films porno américain, ce qui les amènent à associer la femme occidentale au sexe (et à l’argent).

Par moment je pensais qu’en arrêtant de sourire, en évitant les regards et refusant d’engager des conversations avec les locaux je me sentirais mieux et j’éviterais ces situations. Mais ce n’est pas la personne que je suis. Je voyage en solo puisque c’est justement l’interaction avec les locaux que j’aime par dessus tout et qui me permet d’apprendre une nouvelle culture. D’où mon conflit intérieur depuis mon arrivée.

Un jour un pakistanais dans une auberge à Colombo m’a demandé pourquoi j’avais arrêté de sourire. Je lui ai expliqué que c’était pour éviter d’être constamment sollicité par les hommes. Il m’a répondu que je ne devais pas éteindre mon énergie à cause de quelques idiots dans la rue. Ça m’a fait réfléchir. Il avait raison.

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Au Sri Lanka, l’homme est partout. C’est lui qui conduit les tuk tuk, vend les tickets de train, cuisine les plats nationaux dans les échoppes, fait le service dans les restaurants et les bars, travaille dans les boutiques et il fait même l’épilation des sourcils au fil (oui, un homme a fait mes sourcils!).
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Marchands à Negombo

Dans les petits restaurants et cafés traditionnels, il n’y a que des hommes, sinon quelques couples. Je n’ai jamais vu de groupes de femmes manger ensemble, sauf dans les endroits plus modernes et aisés.

Je dirais que le Sri Lanka est un pays machiste. Le pouvoir est visiblement entre les mains de l’homme. J’ai entendu à plusieurs reprises des couples me dire que les sri lankais s’adressaient uniquement au conjoint et non à la conjointe.

J’ai fait une longue balade avec un formidable couple français qui a parcouru le Sri Lanka en conduisant un tuk tuk. J’étais assise derrière avec Stan pendant que sa copine, Marion, conduisait. La réaction des hommes sur la route était ô combien révélatrice! Mise à part quelques rares “thumbs up”, la plupart des hommes regardaient Marion d’un profond regard désapprobateur. Surtout les hommes plus âgés. D’autres chauffeurs nous laissaient aucune chance de passer. Stan me racontait que des hommes lui ont demandé pourquoi il laissait sa femme conduire. Une chose est sûre, une femme au volant d’un tuk tuk ne laisse personne indifférent au Sri Lanka. C’est tellement loin de leur culture et de la nôtre.

Formidable couple français. Marion qui n'a pas froid aux yeux de conduire même à Colombo comme un local!

Aussi, à maintes reprises j’ai appris que la galanterie est… quasi inexistante. Si j’attends en ligne pour acheter un truc dans un petit dépanneur, les hommes vont passer devant moi. Il faut dire que le principe de faire la queue n’existe pas vraiment. Dans les autobus bondés et les trains, les hommes ne se lèveront pas pour céder leur siège à une femme. J’ai été dans une situation où en arrivant en voiture avec mon client dans un chic hotel, le portier lui a ouvert la porte mais j’ai dû ouvrir Ia mienne. Des petits clins d’oeil quotidiens que je considère révélateurs au sujet des moeurs du pays.

Ce regard pénétrant et cette attitude semblent être similaires qu’ils proviennent d’un homme bouddhiste, catholique, musulman ou hindou. Les quatre principales religions du pays qui semblent relativement bien cohabiter en apparence. J’ai toutefois entendu des hommes dirent qu’ils étaient inquiets de voir de plus en plus de femmes porter le niqab au pays.  Les tensions seraient davantage conjugales que religieuses. Environ 60% des femmes (sinon davantage) seraient victimes de violence domestique, un sérieux problème au Sri Lanka. Des campagnes de sensibilisation sont en cours expliquant notamment que la culture et la religion ne sont pas des raisons pour subir un tel traitement.

Les femmes sri lankaise me paraissent très discrètes. Je les vois marcher seule en bordure de rue avec leur parapluie pour se protéger du soleil ou sinon en couple. Parlant des parapluies, une scène classique est de voir les nombreux couples s’embrasser sous leur parapluie au coucher du soleil. Fait étonnant, les parcs sont généralement bondés de jeunes couples assis au pied d’un arbre à se jouer dans les cheveux et à s’embrasser. Fascinant considérant que le Sri Lanka demeure un pays très conservateur.

Image classique de la femme sous son parapluie

 

lovers_umbrella

Conservateur aussi dans la façon dont les femmes s’habillent. En ville, elles portent soit le sari, que je trouve si beau et qui semble si difficile à porter, ou sinon, une jupe longue ou un pantalon avec un t-shirt ou chemisier. À la plage, elles se baignent avec t-shirt et shorts. Elles s’habillent en blanc avec leur longue jupe quand elles vont prier au temple bouddhiste. Le sarong est porté uniquement par l’homme. Il s’agit d’un large morceau de tissu coupé en cylindre que l’homme enfile et fixe à sa taille en le nouant.

Femmes dans un temple bouddhiste

J’ai eu très peu d’occasion d’échanger avec les femmes. Elles semblent sourire seulement si je souris d’abord. Je crois comprendre que leur anglais est limité. Elles vont me pointer quand débarquer du bus si elles voient que je cherche mon arrêt. Je les sens effacées, derrière leur mari. Il y a aussi de jeunes femmes d’affaires ambitieuses dont une jeune designer qui fait du “upcycling” que j’ai rencontrée lors du programme. Elles représentent une belle source d’inspiration pour les générations de femmes à venir. On voit facilement la différence entre femmes de milieu très modeste et femmes provenant d’un milieu aisé qui ont fait des études à l’étranger.

C’est la première fois que je sens autant une différence entre les hommes et les femmes depuis mon séjour au Maroc. Ça m’a particulièrement sauté aux yeux en ce mois où nous venons de souligner la Journée internationale pour les droits des femmes. Ce n’est pas tant que j’ai comparé avec les pays que j’ai visités, mais plutôt que ça m’a interpelé en tant que femme, en fonction de mes valeurs.

De plus, il y a une telle nonchalance partout! Tu peux attendre une éternité avant de te faire servir dans un restaurant ou un bar. Souvent, mieux vaut te lever pour donner ta commande que t’attendre de te faire servir. Dans les petits endroits, le serveur peut t’aborder avec un “Hello, what do you want?!” – sans doute un problème de traduction!  Dans une boutique, les employés peuvent être là à te regarder sans jamais venir t’offrir leur aide. Le chauffeur de tuk tuk n’a aucune idée de l’adresse que tu lui donnes, mais te fait signe de la tête d’embarquer pour te demander plus loin les directions.

Cet espèce d’environnement nonchalant, chaotique, déstabilisant et inconfortable par moment fait en sorte que le constat n’est ni noir ni blanc. Une zone grise demeure. Au début, quand je rencontrais des voyageurs, tous me disaient ressentir la même chose. Ils n’arrivaient pas à aimer ni à comprendre le buzz autour du Sri Lanka. Ça me rassurait un peu. Par contre, en ce qui me concerne, plus on y reste, plus on apprend à aimer, voilà mon constat.

Maintenant que vous avez un portrait général, je vous reviens avec un 2e article pour vous parler de ces scènes quotidiennes et coups de coeur qui m’ont séduit. Je suis heureuse de dire que je quitte le Sri Lanka la tête et le coeur en paix.

Bonheur et sérénité,
Nathalie

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